Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/411

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grandes soirées que la saison déjà trop avancée fait, subir aux voyageurs. L’outrecuidance a été jusqu’à penser que vous ne m’en voudriez pas de mon indiscrétion, que vous recevriez volontiers la primeur des sensations d’un touriste novice aux bords du Rhin, et que peut-être aussi votre. amitié était un peu impatiente d’avoir des nouvelles de ce concours dont le résultat me semble encore un rêve. Le sixième jour à peine s’achève depuis mon départ, et me voici déjà plus qu’à moitié chemin. Ce genre d’excursion à vol d’oiseau a ses inconvénients sans doute, mais peut-être aussi ses avantages. Si l’on n’aperçoit aucun détail, on est plus frappé des masses ; si l’on voit de moins près, on voit de plus haut ; l’instruction est moins réelle, l’impression plus forte. Et pourvu qu’on n’aille pas ensuite faire de ses impressions un livre comme vous savez qu’il s’en fait ; pourvu qu’après avoir passé le pont de Kehl, on ne rentre pas avec deux volumes superbement intitulés : « Au delà du Rhin» la chose a son prix, et l’on obtient à un degré quelconque ce rajeunissement de l’imagination et de la mémoire, ce rafraîchissement de l’esprit, cette fécondation de l’âme que produit toujours la première vue d’un monde nouveau.

Ainsi, rien ne m’a semblé plus curieux, plus intéressant, que ce petit royaume de Belgique, rencontré le premier sur ma route. En quatre jours, on le traverse en tous sens, avec le temps néces-