Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/459

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le détroit et les dernières côtes d’Italie ; de l’autre côté, le volcan, son large cône et, ses deux, pentes chargées de verdure, que des courants de lave traversent en tous sens, puis une mer étincelante et azurée, qui fuit dans le lointain, et va baigner les côtes de la Grèce; en sorte que chacun des flots qui venait expirer ici semblait apporter aux cotons un souvenir de la mère-patrie, et le théâtre de Taormine paraissait n’être que l’écho des théâtres d’Olympie et d’Athènes.

Quelques jours après nous étions à Syracuse. Nous visitions le temple de Minerve devenu aujourd’hui cathédrale chrétienne, mais conservant encore ses colonnes, antérieures de cinq cents ans à notre ère. Nous admirions des remparts construits en pierres immenses superposées sans ciment les souterrains qui recélaient les vivres, les munitions, les chevaux ; la citadelle encore debout, le seul monument grec de ce genre et de cette importance qui existe encore. Nous sommes descendus dans les carrières d’où ces masses énormes avaient été détachées, et où les traces encore visibles du ciseau font connaître les procédés hardis et laborieux des anciens ouvriers. Là aussi, des milliers d’esclaves, des prisonniers de guerre, des chrétiens, avaient été jetés pour mourir. On y visite une grotte acoustique célèbre sous le nom d’Oreille de Denys, qu’on suppose faite pour porter au tyran les paroles et les gémissements de ses captifs. Je la crois plu-