Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/60

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question en cet état relève de la philosophie de l’histoire ; à la philosophie de l’histoire il appartient de la résoudre. Tu comprends, dès lors, l’importance donnée de nos jours aux études historiques. Jusqu’ici tout le monde est d’accord. Mais la scission commence au point même de départ ; elle a pour objet les données mêmes de la question. Les uns prennent la psychologie pour base de leurs recherches, ils se font une sorte d’homme abstrait à la manière de la statue de Condillac : dans cet homme-là ils voient tout ce qu’ils veulent voir, et ils en déduisent une formule philosophique sur laquelle ils étendent l’histoire comme sur le lit de Procuste, coupant et meurtrissant tout ce qui a peine à entrer dans leur cadre inflexible. Ces gens là, qui ne font que renouveler Rousseau, Dupuys et Volney ; ces gens-là, dis-je, ont fait cette admirable découverte que les religions ont commencé par le fétichisme, et ils vont le répétant à qui veut les entendre, discourant sur la loi du progrès, sur l’extinction du christianisme et sur l’avénement prochain d’une religion nouvelle. Voilà ce que nous a prêché naguère M. Jouffroy, professeur de philosophie à la Sorbonne, cette antique Sorbonne que le christianisme a fondée et dont le dôme est encore couronné du signe de la croix.

Mais en face de cette école qui se décore du nom rationaliste, une autre s’élève qui prend le nom de traditionnelle ; non pas qu’elle ait brisé avec la