Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/76

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ble , avec tous ceux qui me sont chers, avec toi, par conséquent, mon bon camarade, et, déposant ma gravité philosophique, j’aurais crié dans toute la simplicité de mon âme et de toute la force de mes poumons : Le roi boit ! roi boit ! car je me complais dans tout ce qui est vieux et populaire, et j’éprouve un sentiment profond de sympathie pour cette naïveté primitive, pour cette bonhomie qui s’en va tous les jours, à mesure que la fausse politesse se développe et grandit.

Et toi, mon ami, auras-tu pris ta part de ces fêtes joyeuses, te seras-tu ouvert à la gaieté et au plaisir, ou bien la mélancolie pèse-t-elle toujours comme un poids de fer, sur ton âme ? Tu m’as fait entrer dans le secret de tes pensées, tu m’as dit tes inégalités, tes jouissances, tes tristesses. Es-tu toujours le même ? Ou bien te fais-tu homme et te prépares-tu à conserver cette égalité d’âme qui fait le bonheur et la sûreté de la vie ?

Oh non pas encore, je te comprends bien, pas encore le calme et l’impassibilité de l’âge mûr, c’est la jeunesse avec sa fougue, avec ses tempêtes ; c’est le temps des grandes joies et des grandes douleurs ; c’est comme la barque qu’on lance pour la première fois à la mer inhabituée aux flots qui la balottent, tantôt elle cingle rapide et légère sur la pointe des vagues ; tantôt elle tombe et disparaît dans les abîmes, jusqu’à ce qu’une main plus assurée vienne tenir son gouvernail et la guider au port.