Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/166

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par une économie qui peut se justifier, le magistrat reçoit la déclaration des époux comme un acte purement civil, assurément, s’il porte le cœur d’un honnête homme sous l’écharpe municipale, il n’intervient pas au mariage comme à une adjudication ou comme au bail des biens communaux.

Il y a donc dans le mariage un sacrifice, ou plutôt il y en a deux. La femme sacrifie ce que Dieu lui a donné d’irréparable, ce qui faisait la sollicitude de sa mère. Elle sacrifie toujours sa première beauté, souvent sa santé, et enfin ce pouvoir d’aimer qu’elle n’a ordinairement qu’une fois. Le veuvage même, qui lui rend la libre disposition de sa main, n’a pas la puissance de lui rendre ce charme que le monde respecte et que les hommes les plus gâtés subissent. L’homme, en retour, sacrifie sa liberté, il la sacrifie plus nécessairement, plus irrévocablement qu’on ne pense. L’homme, arrivé au terme de son éducation, dans toute la force de son corps et de son esprit, maître de lui-même, se lasse bientôt de s’appartenir. Il est tourmenté d’un besoin infini de se donner, et s’il ne se donne pas tout entier à Dieu dans le service de la prière, ou à la société dans le service des armes, un inexorable ennui ne lui laisse pas de paix qu’il n’ait trouvé au monde une créature qu’il ne connaissait pas hier et à laquelle il est heureux, si elle le veut bien, de se consacrer pour toujours. Et, en effet, il ne dépend pas de lui de se donner à demi. Le moment