Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/207

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


peu. On n’en trouve qu’une imitation passagère à Alexandrie ; et la vie commune, trop exposée à se corrompre dans le commerce ordinaire des hommes, s’enferme entre les murs des monastères. Mais le dogme de la fraternité resta dans la prédication chrétienne, descendit avec elle dans tous les rangs de la société antique et la renouvela surtout en touchant aux trois plaies des classes souffrantes : l’esclavage, la pauvreté et le travail.

On connaît ce que firent les Pères de l’Église pour l’abolition de la servitude. Ils firent plus, ils voulurent qu’on honorât les esclaves, c’est-à-dire le plus grand nombre des hommes, c’est-à-dire le véritable peuple, celui qui portait le poids du jour et de la chaleur. En même temps que les saints canons destinaient expressément une partie des aumônes à racheter les captifs, pendant que les martyrs, à la veille de leur supplice, émancipaient leurs esclaves par milliers, l’Église voulait que les maîtres apprissent à honorer dans la personne de leurs serviteurs « le Christ, qui avait pris la forme d’un esclave, qui s’était choisi pour symboles Moïse exposé et Joseph vendu, et qui avait servi pour nous affranchir. »

L’antiquité sacrée est pleine de ces enseignements. Mais tout ce qu’elle fit pour l’esclavage rejaillissait nécessairement sur la pauvreté, cette autre sorte de servitude que les anciens avaient aussi regardée comme une malédiction des dieux. Le Christianisme