Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/206

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


selon son besoin. » On a beaucoup abusé de cet exemple et reproché aux chrétiens d’être bientôt devenus infidèles aux traditions de leurs premiers jours. On n’a pas pris garde qu’à la différence de la communauté de Platon celle de Jérusalem n’avait rien d’obligatoire, et que non-seulement elle n’invoquait point la sanction de la force publique, mais qu’elle n’engageait pas même les consciences. Ainsi, quand Ananie, ayant vendu son champ, retient une partie du prix et apporte l’autre aux pieds des apôtres, Pierre lui reproche, non d’avoir retenu, mais d’avoir trompé : car, dit-il, « Si vous aviez voulu garder votre champ, n’était-il pas toujours à vous ; et vendu, le prix n’était-il pas encore à vous ? » Ainsi le Christianisme poussait jusqu’à ce point le respect de la liberté humaine, et, la sachant faible et facile à vaincre, il ne voulait pas lui ôter le dernier retranchement qu’elle trouve dans la propriété des biens. Il conservait la propriété en la mettant sous la protection du commandement de Dieu : « Vous ne déroberez point. » Il faisait de l’abandon des biens, non pas un précepte, mais un conseil, de la pauvreté volontaire une perfection : « Si vous voulez être parfait, vendez vos biens et les donnez aux pauvres. » Dans l’Église, la propriété est le droit commun comme le mariage, la communauté comme la virginité est le partage du petit nombre.

Aussi la société primitive de Jérusalem dura