Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/235

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jouissance commune de toutes choses, du sol, des biens, des femmes ; et ce sont les institutions humaines qui, intervertissant l’ordre légitime, comprimant les instincts primitifs de l’âme, ont introduit le désordre et le péché. Son fils Epiphane, dans un livre sur la justice, résuma ces maximes par les deux mots d’égalité et de communauté ; et une inscription récemment découverte en Afrique atteste que ces communistes du second siècle avaient trouvé leur Icarie et construit leur phalanstère. « La communauté de tous les biens et des femmes, y est-il dit, descend de la source de la justice divine et constitue la parfaite félicité pour les gens de biens tirés de l’aveugle populace. C’est à eux que Zarades et Pythagore, les plus nobles hiérophantes, ont enseigné à vivre ensemble[1]. »

Nous savons que les Icariens modernes respectent le mariage et que les disciples de Fourier ont jeté un voile sur les mystères de ce culte de l’amour rêvé par leur maître. Mais les sectaires des premiers siècles, logiciens plus sévères, ne consacraient pas le droit de jouir pour lui donner des bornes, et, en supprimant la propriété, ils ne prétendirent pas sauver la famille dont elle est le rempart. L’inflexibilité de leur doctrine en faisait la force et la durée, car toute l’antiquité ecclésiastique témoigne de l’opiniâtreté de leurs prosélytes, et saint Augustin connaissait encore des chrétiens égarés qui se donnaient le nom d’apostoliques, parce qu’ils proscrivaient l’union conjugale et qu’ils ne permettaient pas de posséder en propre. Il fallut que les saints docteurs, ces hommes si durs pour eux-mêmes, qui s’étaient refusé toutes les joies légitimes du cœur, qui ne trouvaient pas de déserts assez âpres, pas de jeûnes assez austères, prissent la défense du mariage et de la propriété, non-seulement contre les relâchés qui voulaient la communauté universelle, mais contre les rigoristes qui prêchaient l’abstinence universelle. Ils firent voir ainsi que le Christianisme,

  1. Mœhler, Essai sur l’origine des gnostiques ; Munter, Essai sur les antiquités gnostiques.