Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/238

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églises et un nombre infini de croyants, qu’il comptait quarante et une écoles dans le seul diocèse de Passau, qu’il était maître de la moitié de la Lombardie et des pays de Langue-d’Oc, qu’il levait des armées, et que les Albigeois ouvrirent les hostilités en brûlant les châteaux, en faisant cuire à petit feu leurs ennemis, dont ils dévoraient le cœur, on comprend quel péril courut la civilisation chrétienne ; on comprend comment le vieil honneur de nos aïeux s’indigna, comment ces fils des croisés, ces époux, ces pères, mirent la main sur leur épée et jurèrent, dans une guerre dont l’Église condamna les excès, d’exterminer une secte impure, qui menaçait à la fois l’héritage, le berceau, la couche nuptiale, et qui promettait de tarir les sources du genre humain[1].

On connaît trop peu les dangers de cette époque où le Christianisme passe pour avoir régné sans effort sur des intelligences désarmées. La défaite des Albigeois n’était pas consommée, que leurs maximes passaient au cœur même des milices religieuses suscitées pour les combattre. Quand saint François mit au service de l’Église la communauté la plus pauvre et par conséquent la plus hardie qui fut jamais, il prévit que la pauvreté aurait ses tentations et les pieds nus leur orgueil ; c’est pour-

  1. Landulphus senior, hist. mediolanensis, 11, 27 ; Pétri Siculi epislol. ad episc. Bulgar. ; Reinerius contra Valdenses, etc., cap. VI.