Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/237

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perpétuer la captivité des âmes par la propagation de l’espèce humaine, il n’eut de condamnation que pour les unions fécondes, il autorisa toutes les horreurs de l’orgie stérile, et, supprimant comme une invention des théologiens les distinctions de l’adultère et de l’inceste, ce système orgueilleux, parti de la continence universelle, aboutissait à la promiscuité. De même il faisait gloire de professer l’abstinence de tous les biens périssables, et d’opposer à l’égoïsme des orthodoxes, qui ajoutaient les champs aux champs et les maisons aux maisons, la pauvreté de ses élus détachés de la terre et tenant toutes les possessions pour communes. Mais cette maxime les conduisait à tenir pour nulle la barrière qui couvre le bien d’autrui, pour usurpateurs les pouvoirs humains qui la maintiennent, et pour licite le vol qui la renverse. Une doctrine si contraire à l’ordre établi, où elle ne reconnaissait qu’un désordre haïssable à Dieu et insupportable aux hommes, devait chercher à faire son avènement ailleurs que dans le domaine des idées, et je ne m’étonne pas qu’elle soit devenue une doctrine politique, militante, armée pour une guerre dont elle voyait le type dans la lutte éternelle des deux principes du bien et du mal. Et quand on sait que le manichéisme, au treizième siècle, avait, avec l’alliance assurée de toutes les mauvaises passions, tout le nerf d’une puissante discipline, un pontife, des évêques, plus de quatre mille ministres, seize