Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/29

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


établis dans Burgos, poussent leurs chevauchées royales à travers la contrée, levant le tribut.et forçant la noblesse au service féodal. De leur côté les Ricos hombres se retranchent dans leurs coutumes défiantes et jalouses. L’antagonisme des chefs de guerre et du souverain politique se fait jour en Espagne comme en Grèce la dispute éclate entre le Cid et Alfonse VI, comme entre Achille et Agamemnon. Mais la colère du Cid est chrétienne, elle éclate dans une église et pour de graves soupçons le roi Alfonse VI, accusé par la rumeur publique d’avoir fait mourir son frère don Sanche, est requis de se justifier. « Et le jour que le roi devait jurer, étant à Sainte-Agathe, le Cid prit dans ses mains le livre des saints Évangiles, et le posa sûr l’autel. Et le roi don Alfonse étendit les mains sur le livre, et le Cid commença à l’interroger en ces termes : Roi don Alfonse, vous venez jurer, touchant la mort du roi don Sanche votre frère, que vous ne l’avez pas tué, que vous n’avez pas été dans le secret du meurtre. Dites Je le jure, vous et ces autres hidalgos.[1] » Et le roi et ses hidalgos répondirent « Nous le jurons. » Et le Cid ajouta « Si vous en avez su ou ordonné quelque chose, puissiez-vous mourir de la mort du roi don Sanche, votre frère ! qu’un vilain vous tue, et non le fils d’un noble ! qu’il vienne d’une autre terre, et

  1. On reconnait ici les conjurationes des anciennes lois germaniques.