Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/36

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quand une loi violente ferma les portes des couvents, l’ayuntamiento de Burgos, craignant qu’un touriste anglais n’enlevât les os de Rodrigue et de Chimène demeurés sans gardien, les retira de l’antique abbaye et les déposa à la chapelle de l’Hôtel de Ville dans un cercueil de bois de noyer. Ce n’était pas sans quelque doute sur leur authenticité, mais ce n’est pas non plus sans mélancolie, que je contemplais ces restes, montrés pour deux réaux par un valet qui leva le drap funéraire et ouvrit le cercueil. J’ai horreur de ce qui viole le secret de la mort et je ne puis souffrir le spectacle de ces ossements desséchés, à moins que la sainteté n’ait jeté sur eux un vêtement impérissable. L’Église elle-même entre dans ces délicatesses, et lorsqu’elle expose les reliques des Saints, c’est de loin qu’elle les fait voir au peuple, enchâssés dans l’or, sous un voile de cristal et sous un nuage d’encens. Les magistrats de Burgos, il y a trois cents ans, savaient mieux honorer leurs grands hommes. Lorsque la bataille de Villalar eut ruiné la cause des Comuneros pour laquelle Burgos avait, tiré l’épée, la ville voulut conjurer la colère de Charles V en lui élevant un arc de triomphe. Mais elle a voulu en même temps montrer qu’elle n’avait rien perdu de sa fierté, et le monument de sa soumission fut aussi celui de ses vieilles gloires. Ne m’accusez plus de m’arrêter à des inscriptions, à des pierres en désordre, à des débris sans art. Après sa cathédrale,