Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/458

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son opulence les regards de ses inférieurs et de ses égaux. Jamais il n’y avait eu d’ordre dans l’administration de ses affaires privées ; deux fois dans sa jeunesse ses créanciers l’avaient conduit en prison maintenant ses domestiques infidèles se prévalaient de sa faiblesse, dilapidaient ses biens, abusaient même du sceau du roi en son absence. Devenu le premier magistrat de son pays, il ne rougit pas de tendre la main pour accepter les présents de ceux qui attendaient de lui des sentences. On dit pourtant que dans ses jugements l’équité ne fut jamais trahie ; mais s’il ne vendit point la justice, il souffrit qu’elle lui fût payée. La mesure était remplie. En vain il se cramponnait au sac de laine[1] où l’ambition l’avait fait parvenir en rampant. Un coup de foudre l’en fit descendre. Au commencement de la session de 1621, la Chambre des communes, organe des sentiments de la nation, attaqua les monopoles ; et, ne pouvant atteindre le marquis de Buckingham, qui en était le premier auteur, tourna sa vengeance contre Bacon, qui les avait sanctionnés. Le 21 mars, elles présentèrent à la Chambre des lords un acte d’accusation qui chargeait le lord chancelier de s’être laissé corrompre par des présents dans l’administration de la justice. Le lord chancelier, abandonné du patron pour lequel il avait encouru la honte,

  1. On sait que le chancelier d’Angleterre siège au parlement sur un sac de laine.