Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/97

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prendre, parmi les puissances chrétiennes, la grande fonction qui lui fut assignée. Ce n’est pas en vain qu’un de ses rivages regarde l’Italie, elle n’y doit plus rêver de conquêtes, mais elle n’y doit pas permettre les invasions du Nord. Un autre rivage se tourne vers l’Amérique, dont Christophe Colomb n’a pas trouvé les clefs, pour qu’elles tombent aux mains des marchands de houille et de coton. En moins de vingt-cinq ans, la Turquie a réparé les désastres de Navarin ; l’Espagne ne peut pas laisser éternellement fumer les débris de Trafalgar. Enfin, d’un troisième côté, l’Espagne découvre l’Afrique, où l’Alcoran vaincu essaye de ranimer le fanatisme de ses sectaires. Les Espagnols justifient leurs combats de taureaux comme une école de courage qui entretient les qualités militaires de la nation. Ils ont à leur portée et nous leur avons fait voir une meilleure école du soldat ; les côtes du Maroc leur sont promises ; et leur armée se retremperait dans la croisade civilisatrice qui achèverait de faire de la Méditerranée un lac chrétien. Mais l’Espagne ne m’entend plus nous sommes au pont de Béhobie, où les deux drapeaux, castillan et français, se régardent comme deux vieilles connaissances qui se sont vues en bon lieu, au milieu de la poudre et des balles. Avant de toucher au sol de France, et pour remercier Notre-Dame qui nous ramène sains et saufs, permettez que je répète un vieux chant du poëte Gil Vicente. Mais, comme