Page:Péguy - Les Mystères de Jeanne d’Arc, volume 2.djvu/141

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DE LA DEUXIEME VERTU

Et surtout pourquoi c'est justement celle qui s'est égarée, qui avait péri, qui vaut justement les quatre-vingt- dix-neuf autres, les quatre-vingt-dix-neuf qui ne s'étaient pas égarées.

Pourquoi, quel est ce mystère, quel est ce secret, c'est suspect, comment, pourquoi, en quoi une âme vau- drait-elle quatre-vingt-dix-neuf âmes, c'est un peu fort.

C'est tout de même un peu fort, quand on y pense.

Quelle est cette manigance.

C'est justement cette âme qui était perdue, qui avait péri, qui vaut autant, qui fait autant de joie dans le ciel que ces quatre-vingt-dix-neuf autres.

Que ces quatre-vingt-dix-neuf qui ne s'étaient point égarées. Jamais.

Qui ne s'étaient point perdues, qui n'avaient point péri. Jamais.

Qui étaient demeurées fermes.

C'est injuste. Quelle est cette invention, cette nouvelle invention.

C'est injuste. Voilà une âme, (et c'est justement celle qui s'était perdue), qui vaut autant, qui compte autant, qui réjouit autant que ces quatre-vingt-dix-neuf malheureuses qui étaient demeurées constantes.

Pourquoi ; en quoi ; comment. Voilà un qui pèse autant dans la balance de Dieu que quatre-vingt-dix-neuf.

Qui pèse autant ? Peut-être qui pèse plus. En secret. On ne sait jamais. J'ai bien peur. Secrètement on a l'im- pression qu'il pèse plus, quand on lit cette parabole.

Donc voilà un pécheur, disons-le, qui pèse au moins autant que quatre-vingt-dix-neuf justes.

l33 porche. —8

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