Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/17

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basses. Ma famille, comme l’a dit de lui l’empereur Auguste, est ancienne. Mon caractère n’était naturellement ni méchant ni impudent si la coutume contagieuse ne lui avait nui. L’adolescence m’a abusé, la jeunesse m’a entraîné, mais la vieillesse m’a corrigé. Elle m’a enseigné par l’expérience la vérité de cette parole que j’avais lue longtemps auparavant, à savoir que la jeunesse et le plaisir ne sont que vanités[1], ou plutôt cette leçon, je la dus au Créateur de tous les âges et tous les temps, qui laisse parfois les malheureux mortels s’égarer dans leur fol orgueil, afin que, se rappelant plus tard leurs péchés, ils se connaissent eux-mêmes. Dans ma jeunesse, mon corps ne fut pas très robuste, mais d’une grande dextérité. Ma figure, sans être d’une beauté remarquable, pouvait plaire dans la fleur de mon âge. Mon teint était frais, entre le blanc et le brun ; mes yeux vifs ; et ma vue fut longtemps très pénétrante ; mais, contre mon attente, elle s’affaiblit tellement après ma soixantième année qu’il me fallut, à mon grand regret, recourir aux lunettes. Mon corps, qui jusque-là avait été très sain, fut envahi par la vieillesse et avec elle par le cortège ordinaire des infirmités.

  1. L'Écclésiaste, XI, 10.