Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/101

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car il repullulerait bien vite, il faut l’extirper entièrement. Mais je ne sais par où commencer ; tant de complications m’épouvantent. Mais pour faciliter ma tâche en la divisant, je vais examiner chaque chose en détail. Dis-moi, qu’est-ce qui te fait le plus de peine ?

Pétrarque. Tout ce que je vois d’abord, tout ce que j’entends, tout ce que je sens.

S. Augustin. Bah ! rien ne te plaît donc !

Pétrarque. Rien, ou presque rien.

S. Augustin. Plût à Dieu que tu aimasses au moins ce qu’il y a de meilleur. Mais qu’est-ce qui te déplaît le plus ? Réponds-moi je te prie.

Pétrarque. Je vous ai déjà répondu.

S. Augustin. Cette mélancolie dont j’ai parlé est uniquement cause que tout ce qui est à toi te déplaît.

Pétrarque. Ce qui est aux autres ne me déplaît pas moins.

S. Augustin. Cela provient encore de la même source. Mais pour mettre un peu d’ordre dans nos discours, ce qui est à toi te déplaît-il autant que tu le dis ?

Pétrarque. Cessez de me taquiner par vos questions plus que je ne saurais dire.

S. Augustin. Elles sont donc sans prix à tes yeux, ces choses qui font que tant d’autres te portent envie ?

Pétrarque. Pour porter envie à un malheureux, il faut être soi-même bien malheureux.

S. Augustin. Mais qu’est-ce qui te déplaît par-dessus tout ?