Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/102

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Pétrarque. Je n’en sais rien.

S. Augustin. Si je le devine, l’avoueras-tu ?

Pétrarque. Je l’avouerai franchement.

S. Augustin. Tu es irrité contre ta fortune.

Pétrarque. Comment ne la haïrai-je pas ? Orgueilleuse, violente, aveugle, elle se joue de l’humanité.

S. Augustin. Cette plainte est banale. Examinons maintenant tes griefs personnels. Si tu te plains injustement consentiras-tu à te réconcilier ?

Pétrarque. Il vous sera bien difficile de me persuader ; si cependant vous me le prouvez, je me résignerai.

S. Augustin. Tu trouves que la fortune se montre envers toi trop avare.

Pétrarque. Non, trop amère, trop injuste, trop orgueilleuse, trop cruelle.

S. Augustin. Le Grondeur du poète comique[1] n’est pas seul, ils sont innombrables ; toi aussi tu fais encore partie de cette multitude ; j’aimerais mieux que tu fusses du petit nombre. Mais, comme ce sujet est tellement rebattu qu’on ne peut rien y ajouter de nouveau, souffriras-tu qu’à un mal ancien on applique un vieux remède ?

Pétrarque. Comme vous voudrez.

S. Augustin. Eh bien ! dis-moi, la pauvreté t’a-t-elle forcé d’endurer la faim, la soif et le froid ?

  1. Cette comédie, attribuée d’abord à Plaute, est d’un auteur inconnu qui vivait dans le quatrième siècle de l’ère chrétienne.