Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/123

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour l’âme, je suis d’avis qu’il n’y a pas de plus grand bonheur que le second. Si par hasard vous pensez le contraire, que chacun suive son sentiment, car vous savez que la variété des opinions est grande et que les jugements sont libres.

S. Augustin. Dans les choses contraires, les opinions sont différentes ; mais la vérité est une et toujours la même.

Pétrarque. J’avoue qu’il en est ainsi ; mais ce qui nous égare, c’est que nous nous attachons obstinément aux opinions anciennes, et qu’on ne nous en détache pas aisément.

S. Augustin. Plût à Dieu que tu pensasses sur toute la question de l’amour aussi sagement que tu penses sur ce point !

Pétrarque. Bref, je crois penser si sagement que ceux qui pensent le contraire sont pour moi des insensés.

S. Augustin. Prendre pour une vérité un mensonge invétéré et regarder comme un mensonge une vérité nouvellement découverte, en sorte que toute l’autorité des choses dépende du temps, c’est le comble de la démence.

Pétrarque. Vous perdez votre temps : je ne veux rien croire, et il me vient à l’esprit ce mot de Cicéron : Si je me trompe en cela, je me trompe volontiers, et je ne veux pas qu’on m’ôte cette illusion tant que je vivrai[1].

S. Augustin. Cicéron, parlant de l'immor-

  1. De la Vieillesse, XXIII.