Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/122

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oublié cet axiome philosophique, que le mal est à son comble quand, à des opinions fausses, s’ajoute cette créance funeste qu’il fallait qu’il en fût ainsi ?

Pétrarque. Je n’ai point oublié cet axiome, mais il est étranger au sujet : car pourquoi ne penserais-je pas qu’il fallait qu’il en fût ainsi ? Non, je n’ai jamais rien pensé et je ne penserai jamais rien de plus vrai en croyant que ces passions que vous me reprochez sont les plus nobles de toutes.

S. Augustin. Séparons-les un peu pendant que je m’évertue à chercher des remèdes, pour ne pas émousser mes coups en allant de l’une à l’autre. Dis-moi donc, puisqu’il a été d’abord question de l’amour, ne le regardes-tu pas comme la dernière de toutes les folies ?

Pétrarque. À parler franchement, je crois que, suivant l’objet, on peut considérer l’amour comme la passion la plus vile ou l’acte le plus noble.

S. Augustin. Cite-moi un exemple qui confirme ce que tu avances.

Pétrarque. Si je brûle pour une femme infâme et méprisable, mon amour est le comble de la folie ; mais si, séduit par un rare modèle de vertu, je m’applique à l’aimer et à le vénérer, que direz-vous ? N’établissez-vous aucune différence entre des choses si opposées, et tout respect a-t-il disparu à ce point ? Pour dire mon sentiment, de même que je regarde le premier amour comme un lourd et funeste fardeau