Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/125

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plaisantant ? ou aimes-tu mieux faire prendre quelque remède à ton âme malade et digne de pitié ?

Pétrarque. Je ne refuse point le remède si vous me prouvez que je suis malade ; mais quand on se porte bien, l’emploi des remèdes est souvent funeste.

S. Augustin. Quand tu seras en convalescence, tu reconnaîtras, comme cela arrive d’ordinaire, que tu as été gravement malade.

Pétrarque. Après tout, je ne puis pas manquer d’égards envers celui dont en maintes circonstances, et principalement ces jours-ci, j’ai éprouvé les sages conseils. Continuez donc.

S. Augustin. Tout d’abord, je te prie de m’excuser si, forcé par le sujet, je viens à attaquer l’objet de ton affection : car je prévois déjà que la vérité sonnera mal à tes oreilles.

Pétrarque. Un mot avant de commencer. Savez-vous de qui vous allez parler ?

S. Augustin. J’ai tout examiné d’abord soigneusement. Il s’agit d’une femme mortelle, que tu as passé, hélas ! une grande partie de ta vie à admirer et à célébrer, et, dans un esprit tel que le tien, une si grande et si longue folie m’étonne singulièrement.

Pétrarque. Trêve de reproches, je vous prie. Thaïs et Livie[1] étaient des femmes

  1. Thaïs, célèbre courtisane de Corinthe ; Livie, épouse de l’empereur Auguste.