Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/129

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S. Augustin. Je ne puis écouter davantage de pareilles sottises. Mais, puisque tu n’ignores pas qu’elle peut mourir avant toi, que diras-tu si elle meurt ?

Pétrarque. Que dirai-je, sinon que ce malheur mettra le comble à tous mes maux ? Mais je me consolerai par le souvenir du temps passé. Toutefois, que les vents emportent ce que nous disons et que l’ouragan dissipe ce présage !

S. Augustin. Aveugle que tu es ! Tu ne comprends pas encore quelle folie c’est d’assujettir ainsi son âme aux choses mortelles qui allument en elle les flammes du désir, qui ne sauraient lui donner le repos, qui ne peuvent pas durer, et qui, en lui promettant de la charmer, la tourmentent par de continuelles agitations.

Pétrarque. Si vous avez un remède plus efficace, indiquez-le-moi. Vous ne m’effrayerez jamais par ce langage, car je ne me suis point attaché, comme vous le pensez, à un objet mortel. Vous saurez que j’ai moins aimé son corps que son âme, que j’ai été ravi de ses mœurs au-dessus de l’humanité, dont l’exemple me fait voir comment l’on vit parmi les habitants des cieux. Donc, puisque vous me demandez (cette seule question me fait frémir) ce que je ferais si elle me quittait, en mourant la première, je me consolerais de mon malheur avec Lélius, le plus sage des Romains. Je dirais comme lui : C’est sa vertu que j’aimais, et elle n’est point éteinte ; et je répéterais les autres paroles qu’il prononça après