Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/148

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trouve pas mauvais que tu prennes ton courage à deux mains, que tu t’enfuies, si tu le peux, et que tu t’en ailles de prison en prison. Il peut se faire qu’en te déplaçant tu recouvres ta liberté, ou que ta dépendance s’adoucisse ; mais je n’approuve pas, qu’après avoir arraché ta tête à un joug, tu la soumettes à toutes sortes de honteux servages.

Pétrarque. Souffrirez-vous, pendant que le médecin pérore, que le malade qui sent son mal l’interrompe un instant ?

S. Augustin. Pourquoi pas ? Bien des médecins, guidés par les indications du malade sont parvenus à découvrir un remède opportun.

Pétrarque. Sachez donc seulement que je ne puis aimer autre chose. Mon esprit est habitué à l’admirer, mes yeux sont habitués à la contempler et tout ce qui n’est pas elle leur paraît laid et obscur. Par conséquent, si vous voulez que j’en aime une autre pour être délivré de mon amour, vous m’imposez une condition impossible. C’en est fait, je suis perdu.

S. Augustin. Tes sens sont émoussés et ton appétit est éteint. Donc puisque tu rejettes les remèdes internes, il faut recourir à la médication externe. Peux-tu te résoudre à la fuite ou à l’exil, et te priver de la vue des lieux que tu connais ?

Pétrarque. Quoiqu’elle me tire à elle par les grappins les plus tenaces, je le puis néanmoins.

S. Augustin. Si tu le peux, tu seras sauvé.