Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/156

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à te recevoir. Je sais que l’Italie te plaît par-dessus tout, et que l’amour du sol natal est inné en foi. Tu as raison, car ni les riches forêts de la Médie, ni les belles rives du Gange, ni l’Hermus qui roule un sable d’or, ni la Bactriane, ni l’Inde, ni la Panchaïe entière, dont le sol produit l’encens, ne peuvent rivaliser avec l’Italie[1]. Ces paroles d’un grand poète, aussi vraies qu’éloquentes, tu les as développées dernièrement dans un poème adressé à l’un de tes amis[2]. Je te conseille donc l’Italie, parce que les mœurs de ses habitants, son climat, la mer qui l’entoure, les montagnes de l’Apennin qui la coupent par le milieu, et ses sites, en font le séjour du monde qui convient le mieux à tes soucis. Je ne voudrais pourtant pas te borner exclusivement à un coin de terre. Va, sous d’heureux auspices, partout où ton inclination te portera ; va sans crainte et hâte-toi ; ne retourne point la tête en arrière, oublie le passé et marche en avant. Voilà trop longtemps que tu es exilé de ta patrie et de toi-même ; il est temps d’y revenir, car il se fait tard, et la nuit est propice aux voleurs[3]. Je t’avertis en me servant de tes propres expressions. Il me reste à te dire une chose que j’allais oublier : il faut éviter la solitude jusqu’à ce que tu ne sentes plus aucune trace de ton mal. La vie des champs, dis-tu, ne t’a pas profité. Cela n’est pas étonnant. Quel re-

  1. Virgile, Géorgiques, II, 136-139.
  2. Ildebrandino di Conti, évêque de Padoue, Épîtres, 111, 25.
  3. Pétrarque, Psaumes pénitentiaux, III.