Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/170

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viendrait de faire droit en répartissant, d’une façon moins inégale, le temps si court de la vie. Songe, enfin, quel est cet objet que tu désires avec tant d’ardeur ; mais il faut y songer fortement et virilement, de peur qu’en fuyant, tu ne sois plus étroitement enlacé, ce qui arrive souvent à plusieurs chez qui le charme de la beauté extérieure s’est glissé par je ne sais quelles fissures et est entretenu par de mauvais remèdes : car il y en a peu qui, après avoir goûté une fois le poison des attraits de la volupté, examinent assez virilement, pour ne pas dire assez courageusement, cette laideur dont je parle du corps de la femme. L’âme retombe aisément, et, sous l’impulsion de la nature, elle tombe de préférence du côté où elle a penché le plus longtemps. Prends bien garde que cela ne t’arrive ; chasse tout souvenir de tes anciens soucis, éloigne toute idée du passé, et, comme l’on dit, brise tes petits enfants contre la pierre[1], de peur qu’en grandissant, ils ne te précipitent eux-mêmes dans le bourbier. En même temps, ébranle le ciel par de dévotes oraisons ; fatigue les oreilles du Roi des cieux par de pieuses prières ; ne passe pas un jour, pas une nuit sans des supplications accompagnées de larmes, afin que le Tout-Puissant, ému de pitié, mette un terme à tant de souffrances.

Voilà ce qu’il faut faire et les précautions qu’il faut prendre. Si tu observes cela fidè-

  1. Psaumes, CXXXVI, 9.