Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/172

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connu ; mais, à en juger par tes actes, la chose elle-même te semble inconnue. Si tu la connaissais, tu ne la désirerais pas avec tant d’ardeur. Que tu définisses la gloire la renommée éclatante et sans bornes de services rendus à ses concitoyens, à sa patrie, à l’humanité, comme Cicéron l’a dit quelque part[1], ou, comme il l’a dit ailleurs, la voix publique s’entretenant de quelqu’un avec éloge, tu verras que, dans les deux cas, la gloire est la réputation. Or, sais-tu ce que c’est que la réputation ?

Pétrarque. Cela ne me vient pas à la pensée pour le moment, et je crains d’avancer des choses que je ne sais pas. Par conséquent, je crois qu’il vaut mieux que je garde le silence.

S. Augustin. C’est agir sagement et modestement. Dans toute question grave et surtout ambiguë, on doit faire attention moins à ce que l’on dira qu’à ce que l’on ne dira pas, car le mérite d’avoir bien dit n’est pas comparable au blâme d’avoir mal dit. Sache donc que la réputation n’est autre chose qu’un bruit public répandu de bouche en bouche sur quelqu’un.

Pétrarque. Je loue cette définition, ou, si vous aimez mieux, cette description.

S. Augustin. C’est donc un souffle, un vent variable, et, ce qui te choquera davantage, c’est le souffle d’un grand nombre d’individus. Je sais à qui je parle, j’ai remarqué que nul ne déteste autant les

  1. Discours pour Marcellus, VIII.