Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/182

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en interdit l’accès ? est-ce une fable de diminuer par la mer, les marais, les bois, les sables et les déserts, l’espace habitable déjà si restreint, et de réduire presque à rien le petit coin de terre dont vous êtes si fiers ? est-ce une fable enfin de vous montrer sur cet étroit espace où vous habitez, des genres de vie divers, des religions opposées, des langues différentes, des habitudes dissemblables qui vous empêchent de propager au loin votre nom ? Si tu prends cela pour des fables, je prends aussi pour des fables tout ce que je m’étais promis de toi, car je croyais que personne n’était plus instruit que toi sur ces matières. Sans parler de la doctrine de Cicéron et de Virgile, ni des autres systèmes physiques ou poétiques dont tu paraissais avoir une notion parfaite, je savais que dernièrement, dans ton Afrique, tu avais exprimé cette même opinion par ces beaux vers : L’univers, resserré dans des bornes étroites, est une petite île que l’Océan entoure de ses circuits[1]. Tu as ajouté ensuite d’autres développements, et, puisque tu les croyais faux, je m’étonne que tu les aies soutenus si hardiment.

Que dirai-je maintenant du peu de durée de la réputation humaine et de la brièveté du temps, quand tu sauras combien court et combien récent est le souvenir le plus ancien comparé à l’éternité ? Je ne veux pas te rappeler ces opinions des anciens, consignées dans le Timée, de Platon, et le sixième

  1. L’Afrique, II, 361-363.