Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/183

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livre de la République, de Cicéron, qui prédisent à la terre des déluges et des embrasements fréquents. Quoique ces désastres paraissent probables à plusieurs, ils sont démentis par la vraie religion à laquelle tu appartiens. Outre cela, que de choses empêchent la durée, pour ne pas dire l’éternité du nom ! Premièrement, la mort de ceux avec qui on a passé sa vie, et l’oubli, mal ordinaire de la vieillesse ; ensuite la gloire toujours croissante des hommes nouveaux, qui, par sa fleur, ôte parfois quelque chose aux titres anciens et qui croit s’élever d’autant plus qu’elle rabaisse davantage ses aînés. Joins à cela l’envie qui poursuit sans relâche ceux qui forment de glorieuses entreprises ; puis la haine de la vérité et la vie des hommes de talent odieuse à la foule ; puis l’inconstance des jugements du vulgaire ; puis la destruction des tombeaux, que le tronc stérile d’un figuier sauvage a la force de briser en éclats, suivant l’expression de Juvénal[1]. Dans ton Afrique, tu appelles cela, non sans élégance, une seconde mort, et, pour t’adresser ici les mêmes paroles que tu mets là dans la bouche d’un autre : Bientôt ton sépulcre s’écroulera, ces inscriptions gravées sur le marbre s’effaceront, et tu subiras alors, mon fils, une seconde mort[2]. Est-elle éclatante et immortelle, la gloire que le choc d’une pierre anéantit ? Ajoute la perte des livres où ton nom est inscrit de ta main ou de celle d’au-

  1. Satires, X, 145.
  2. L’Afrique, II, 481-482.