Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/186

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d’autre pour répandre au loin sa gloire. Quoi donc ! Que l’un marche pour arriver au but, son ombre suivra ses pas ; que l’autre s’efforce de saisir la vertu, la gloire ne trahira pas ses efforts. Je parle de la gloire qui accompagne le vrai mérite ; quant à celle qui s’acquiert par d’autres moyens physiques ou moraux que la curiosité humaine a multipliés, elle n’est pas digne du nom de gloire. Ainsi donc, toi qui, pour écrire des livres, t’épuises à ton âge par tant de travaux, permets-moi de te le dire, tu es tout à fait dans l’erreur : car, oubliant ce qui te regarde, tu ne t’occupes absolument que des autres, et, dans la vaine espérance de la gloire, le temps si court de la vie s’écoule sans que tu t’en aperçoives.

Pétrarque. Que faut-il donc faire ? Abandonnerai-je mes travaux interrompus ? ou vaut-il mieux les accélérer et si Dieu m’en fait la grâce, y mettre la dernière main ? Débarrassé de ces soins, je marcherai plus librement vers un but plus relevé, car je ne puis abandonner sans regret au milieu du chemin une œuvre si importante et si belle.

S. Augustin. Je vois de quel pied tu cloches. Tu aimes mieux t’abandonner toi-même que tes livres. Pour moi, je remplirai mon devoir, avec quel succès, cela dépend de toi, mais du moins avec conscience : renonce à ce fatras d’histoires : les actions des Romains sont assez connues par leur propre réputation et par les talents des autres. Quitte l’Afrique et laisse-la à ses pos-