Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/27

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que contre le genre humain, j’ai gravé plus profondément dans ma mémoire ceux qui me concernaient.

Pour que cet entretien si intime ne fût point perdu, je l’ai mis par écrit et j’en ai fait ce livre. Non que je veuille le joindre à mes autres ouvrages et en tirer vanité ; mes vues sont plus élevées : le charme que cet entretien m’a procuré une fois je veux le goûter par la lecture toutes les fois que cela me plaira. Ainsi donc, cher petit livre, fuyant les réunions des hommes, tu te contenteras de rester avec moi, en étant fidèle à ton titre ; car tu es et tu seras intitulé : Mon Secret, et dans mes méditations les plus hautes, tout ce que tu te rappelles avoir été dit en cachette, tu me le rediras en cachette.

Pour ne point entremêler souvent, comme dit Cicéron, les mots « dis-je » et « dit-il », et afin que la chose parût se passer sous les yeux comme si les personnages étaient présents[1], j’ai distingué mes pensées de celles de mon éminent interlocuteur non par une circonlocution, mais seulement par la mise en tête des noms propres. J’ai appris cette manière d’écrire de mon cher Cicéron, qui lui-même l’avait apprise de Platon. Mais, pour couper court à toute digression, voici comment Augustin m’adressa d’abord la parole.

  1. De l’Amitié, 1.