Page:Palante - La Sensibilité individualiste, Alcan, 1909.djvu/122

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y regarde de près, la tyrannie étatiste et la tyrannie des mœurs procèdent d’une même racine : l’intérêt collectif d’une caste ou d’une classe qui désire établir ou garder sa domination et son prestige. L’opinion et les mœurs sont en partie le résidu d’anciennes disciplines de caste en voie de disparaître, en partie le germe de nouvelles disciplines sociales qu’apporte avec elle la nouvelle classe dirigeante en voie de formation. C’est pourquoi, entre la contrainte de l’État et celle de l’opinion et des mœurs, il n’y a qu’une différence de degré. Elles ont au fond même but : le maintien d’un certain conformisme moral utile au groupe et mêmes procédés : vexation et élimination des indépendants et des réfractaires. La seule différence est que les sanctions diffuses (opinion et mœurs) sont plus hypocrites que les autres.

Proudhon a raison de dire que l’État n’est que le miroir de la société. Il n’est tyrannique que parce que la société est tyrannique. Le gouvernement, suivant la remarque de Tolstoï, est une réunion d’hommes qui exploitent les autres et qui favorisent surtout les méchants et les fourbes. Si telle est la pratique du gouvernement, c’est que telle est aussi celle de la société. Il y a adéquation entre ces deux termes : État et société. L’un vaut ce que vaut l’autre. L’esprit grégaire ou esprit de société n’est pas moins oppressif pour l’individu que l’esprit étatiste ou l’esprit prêtre, qui ne se maintiennent que grâce à lui et par lui. Chose étrange ! Stirner lui-même semble partager, sur les rapports de la