Page:Palante - La Sensibilité individualiste, Alcan, 1909.djvu/123

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société et de l’État, l’erreur d’un Spencer et d’un Bakounine. Il proteste contre l’intervention de l’État dans les actes de l’individu, mais non contre celle de la société. « Devant l’individu, l’État se ceint d’une auréole de sainteté ; il fait par exemple une loi sur le duel. Deux hommes qui conviennent de risquer leur vie afin de régler une affaire (quelle qu’elle soit) ne peuvent exécuter leur convention parce que l’État ne le veut pas ; ils s’exposeraient à des poursuites judiciaires et à un châtiment. Que devient la liberté de l’arbitre ? Il en est tout autrement là où, comme dans l’Amérique du Nord, la société décide de faire subir aux duellistes certaines conséquences désagréables de leur acte et leur retire, par exemple, le crédit dont ils avaient joui antérieurement. Refuser son crédit est l’affaire de chacun, et s’il plaît à une société de le retirer à quelqu’un pour l’une ou l’autre raison, celui qu’elle frappe ne peut pas se plaindre d’une atteinte à sa liberté : la société n’a fait qu’user de la sienne. La société dont nous parlions laisse l’individu parfaitement libre de s’exposer aux suites funestes ou désagréables qu’entraînera sa manière d’agir et laisse pleine et entière sa liberté de vouloir. L’État fait précisément le contraire : il dénie toute légitimité à la volonté de l’individu et ne reconnaît comme légitime que sa propre volonté, la loi de l’État [1]. » — Étrange raisonnement. La loi ne me frappe pas. — En quoi suis-je plus libre si la société

  1. Stirner, l’Unique (trad. Reclaire, p. 286).