Page:Paris, Paulin - Commentaire sur la chanson de Roland, I.djvu/21

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le mérite. « Cette identité, ajoute-t-il, est un point très-important. Elle sert à démontrer que la légende de Roncevaux s’est formée au plus tôt vers la fin du neuvième siècle ou au « commencement du dixième. » Comment douter, après cela, que l’archevêque de Sens ne soit le véritable type de Ganelon ?


Chapitre II. — De l’auteur de la Chronique de Turpin. — Ce n’était pas assez de faire d’un prélat du neuvième siècle le modèle des traîtres, il fallait trouver dans un pape le modèle des faussaires. Cette identité est encore un point très-important. L’auteur de la Chronique de Turpin sera donc Guy de Bourgogne, d’abord archevêque de Vienne, puis souverain pontife sous le nom de Calixte II.

Pour commencer cette belle démonstration, il faut admettre qu’Oihenart, Marca, Dom Rivet et bien d’autres ont eu tort d’attribuer à l’Espagne l’invention de ce méchant roman monastique. M. Génin a reconnu dans le latin bon nombre de gallicismes ; par exemple : celui qui rendu par ille qui : « Ut ostenderet illos qui morituri erant ; illæ quæ erant viginti ; illis qui dant nummos, etc. » (Pag. xxx.)

Mais on ne voit pas bien comment ces barbarismes représentent ceux ou celles français, non l’estos ou estas espagnols ; notre article les, plutôt que l’article espagnol los. On ne reconnaît pas mieux les autres gallicismes signalés. — Courir après quelqu’un et correr despues alguno appartiennent aux deux langues, et surtout à l’espagnole. Nous aurions dit plutôt en France currere super, courre sus, ou tout simplement currere avec le régime direct. — An latin répond au si espagnol et français. — Autrefois, quoi qu’en dise M. Génin, on ne disait pas croire Dieu, mais croire en Dieu :

Je croi en Deu le fil Marie,
Qui nos raienst de mort à vie. (Partonopeus, tom. I, pag. 53.)

Le verbe espagnol maldecir se prenait activement, comme le maudire français. — Enfin, un Espagnol pouvait, comme un Français, expliquer Durendal : « Durum ictum dans cum ea. » (Ibid.) Car Dur se dit duro en espagnol ; le dur espagnol répond au donner français, et le dur’ en dar espagnol est moins éloigné de Durendal que le dur en donner français.