Page:Paris, Paulin - Commentaire sur la chanson de Roland, I.djvu/41

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n’écrit pas pour autre chose. Et puis, il n’est pas démontré que le onzième siècle n’eût pas voulu des rimes alléguées. Elles valent bien en vérité des assonances telles que chens, muer, fier, Michel et Crestien (nos 30 à 40 du 1er chant de Roncevaux). Il ne faut pas trop exagérer la délicatesse du onzième siècle.

M. Génin dit encore, dans la même page, que l’alexandrin n’a été employé qu’à la seconde époque, au commencement du treizième siècle. Mais l’Alexandre de Lambert le Court est du douzième, et Wace, qui emploie également l’alexandrin, a daté son poëme de Rou de l’année 1160. Il dit que les poëmes authentiques du douzième siècle sont en vers de dix syllabes comme Guillaume d’Orange et la Chanson d’Antioche. Mais il y a des branches du Guillaume en vers alexandrins, et la Chanson d’Antioche, un de ces « ouvrages exhumés au gré du hasard, » est dans cette coupe de versification.

Passons aux Observations sur la lecture du texte. M. Génin a raison de déclarer que personne avant lui ne s’était avisé de réduire à des règles précises et certaines la prononciation du onzième siècle. « Tout le monde, dit-il, décide hardiment : C’est une versification rude, inculte et barbare, telle qu’on devait l’attendre de l’enfance de l’art. Jugement rempli d’ignorance et de fatuité » (p. cxlix). J’admets qu’ici M. Génin puisse donner des leçons à l’univers, sa démonstration ne prouvera que mieux la vérité du jugement contraire. N’écrit-il pas lui-même, au bas de cette même page : « Aujourd’hui, que les codes de notre langue et de notre langage, grammaire, dictionnaire, etc., sont multipliés à satiété, c’est à peine si l’on parvient à l’unité d’orthographe et de prononciation. Qu’était-ce dans un temps où il n’existait encore ni dictionnaire, ni grammaire ? Le latin était un principe dont chacun tirait les conséquences et faisait les applications à sa guise. Le scribe gouvernait son orthographe, tantôt sur l’étymologie, tantôt sur la prononciation, qui variait de province à province. »

Les juges ignorants et les fats disaient-ils donc autre chose ? Ils n’allaient même pas aussi loin ; ils s’en tenaient aux différences de prononciation et d’orthographe ; et cela leur suffisait pour conclure qu’on ne pouvait plus aujourd’hui tracer de règles fixes pour une accentuation aussi mobile, aussi diverse, aussi mal représentée par les scribes. Il est vrai que d’abord M. Génin veut borner les règles qu’il formule à la lecture de Théroulde ;