Page:Paris, Paulin - Commentaire sur la chanson de Roland, I.djvu/40

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Savez-vous quelle est l’origine de l’octave italienne ? Ce n’est plus la chanson telle que l’ont faite les Provençaux, telle que l’ont perfectionnée les trouvères, malgré l’analogie de la double octave française et italienne : c’est le vers de la chanson de geste, ou plutôt de la seule Chanson de Roncevaux. En vain dira-t-on que ce qui distingue l’octave, c’est le nombre régulier des lignes, l’entrelacement de deux rimes pour les six premiers vers et la chute des deux derniers sur une troisième rime ; en vain ne trouverez-vous pas la moindre trace de ces règles dans le couplet de la chanson de geste ; M. Génin n’en soutiendra pas moins une opinion qu’il n’a cette fois, j’en conviens, dérobée à personne.

Les chansons de geste, étudiées en général, offrent entre elles des rapports de pensée, de mouvement et d’expressions, dont il ne faut pas non plus attribuer tout le mérite à une seule d’entre elles. Faites pour une société dont elles expriment les mœurs, elles doivent reproduire le plus souvent des effets analogues. Dans ces effets communs on doit compter l’usage, au commencement des combats, de demander l’honneur de la première course équestre, le premier coup. — Quand on avait pour adversaire des mécréants, un homme d’église faisait une exhortation aux soldats. — Les guerriers de renom ne croyaient pas mourir avec honneur, s’ils ne vendaient chèrement leur vie, et s’ils n’espéraient pas une prochaine vengeance. Ces détails se retrouvent dans toutes les chansons de geste comme dans Roncevaux, comme dans le continuateur de Villehardouin et dans vingt autres ouvrages.


Chapitre viii. — M. Génin termine son Introduction par des observations sur la versification de la Chanson du Roncevaux, par l’exposition de nouvelles règles de lecture ; enfin par la justification de son système de traduction.

« Le peuple », dit-il d’abord, « fait sans scrupule rimer arbre et cadavre » (p. cxlviii). Cet exemple mal choisi. Le peuple, aujourd’hui plus mauvais juge qu’au treizième siècle, prononcerait abre et cadavre ; mais ce dernier mot, d’origine assez moderne, est inusité chez lui.

« Nos poëtes d’académie, n’écrivant que pour être lus, font rimer cher et chercher, l’hiver et trouver, les exploits et les Français. Ils appellent cela des rimes ! Le onzième siècle n’en eût pas voulu » (ibid.). On peut répondre qu’il n’est pas besoin d’être de l’Académie pour vouloir être lu ; M. Génin, j’imagine,