Page:Paris, Paulin - Commentaire sur la chanson de Roland, I.djvu/7

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forte que l’espérance de restituer, il avait accepté la Chanson de Roncevaux telle que le plus ancien texte nous l’avait conservée. Sur ce point, comme presque sur tous les autres, les bons juges donneront raison à M. Michel contre son adversaire : mais enfin, après l’excellente édition qu’on lui devait, il n’y avait plus rien de mieux à faire que de comparer entre elles les diverses leçons du même poëme, et d’établir un nouveau texte sur cette comparaison délicate et difficile. C’est là précisément ce que voulut faire M. Bourdillon. Il est vrai qu’il s’obstinait à méconnaître l’intérêt du manuscrit d’Oxford ; mais il avait ardemment étudié et scrupuleusement confronté tous les autres, ceux d’Italie comme ceux de France. Il avait fait plus : il les avait tous appris par cœur, et, en les ruminant sans cesse et les retournant en tous sens, il avait fini par acquérir la conviction que le chantre sublime de Roncevaux n’avait pu faire de mauvais vers et ne s’était jamais contredit ni répété ; que les interpolations ne pouvaient soutenir le voisinage de la création originale, et que tous les bons vers ressortaient comme d’eux-mêmes et dans un jour pur, auquel les vers ajoutés et parasites formaient une ombre naturelle.

Que M. Bourdillon ait été, sous ce rapport, à l’épreuve de toute illusion, je me garderai bien de le soutenir. Il s’était renfermé dans l’étude trop exclusive d’une seule composition ; il ne l’avait pas assez confrontée aux autres productions du même temps et du même caractère. Mais, en dépit des erreurs assez nombreuses qui le déparent, il faut avouer que son texte offre une lecture suivie, et forme un poëme abondant en véritables beautés. La traduction se recommande par une simplicité noble, élégante et facile ; elle suffit déjà pour nous permettre de comprendre l’ancienne célébrité du poëme original. On reconnaît dans un pareil travail le littérateur sincèrement passionné pour une œuvre digne, après tout, du plus vif intérêt. Et quelle admirable persistance, quel généreux dévouement dans ces nombreux voyages, dans ces grands frais d’acquisition et de publication entrepris dans l’unique espoir de rendre à la France son plus beau, son plus ancien poëme ! Tout cela ne méritait-il pas l’hommage d’un véritable respect ? Au lieu de respect, M. Génin trouve ici l’occasion d’une froide raillerie, fondée sur une citation tronquée. « M. Bourdillon, » dit-il, « avoue quelques remaniements dans la disposition du texte, pour dégager la statue du bloc de marbre et des haillons dont