Page:Paris, Paulin - Lettre au traducteur de Fiéramosca sur les romans du Moyen-âge.djvu/9

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



Les aventures de Tristan firent une grande révolution littéraire. Translatées pour l’amusement de la cour d’Angleterre en langage roman ou français, vers la fin du XIe siècle, les copies s’en répandirent bientôt en tous lieux et les nombreuses additions qu’on s’empressa d’y faire, surtout en France, ne tardèrent pas à former une série de compositions que toute l’Europe accepta sous le nom générique de romans.

Il est à remarquer que dans ces premiers temps, aucun roman ne sortit complet et, pour ainsi dire, armé de pied en cap de la tête de celui qui le publiait. Le sujet en fut toujours emprunté à des compositions plus anciennes ; tantôt aux histoires de l’antiquité, tantôt aux traditions bretonnes, tantôt aux souvenirs des nations germaniques. Mais en passant dans la prose romane, ces ouvrages changeaient entièrement de physionomie, pour revêtir le caractère et l’alure du XIIIe siècle ; siècle aventureux, chevaleresque, religieux, si jamais il en fut ; siècle dont la gigantesque empreinte est encore aujourd’hui tracée sur le front de l’architecture gothique.

À Tristan succédèrent Lancelot du lac, le