Page:Paris, Paulin - Nouvelle étude sur la Chanson d’Antioche.djvu/11

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dans les plus anciens manuscrits, chaque vers alexandrin est écrit en deux lignes, la seconde ligne rimant seule avec la quatrième ; c’est l’origine de ce que nous avons appelé hémistiche. Quand Wace, l’auteur du Roman de Rou, est las de la mesure octosyllabique, il a recours à l’alexandrin, comme étant plus bref :

Là comence l’estoire — que nos dire devon.
Mais, por l’uevre esploitier, — les vers abregeron,
La voie est longue et grief, — et le labor cremon.

Les plus anciennes chansons de geste ont été rarement composées dans cette mesure : on ne l’a même retrouvée que dans le Voyage de Charlemagne à Jérusalem, qui remonte assurément à une époque antérieure aux Croisades, ainsi que l’a dernièrement et de nouveau démontré Gaston Paris. Mais comme on ne peut douter que la Chanson d’Antioche n’appartienne à la première partie du douzième siècle, il faut bien admettre que l’hexamétre alexandrin était en usage dès ce temps-là, et probablement auparavant.

Le trouvère auteur de notre chanson se nommait Richart ; il avait ou l’on avait ajouté à son nom de baptême celui de Pèlerin, pour avertir les auditeurs qu’il avait été du grand voyage d’Outre-mer. On ne voit pas qu’on lui ait contesté cet avantage, bien que Graindor, pour ne pas avoir l’air de faire parler les jongleurs en leur propre nom,

    croire qu’il faudrait seulement rapporter ce passage au vers tronqué qui, dans le poëme des Albigeois, comme dans un fort grand nombre de chansons romanes, termine chacun des couplets : mais de mon côté j’ai peine à croire que l’emploi de ce demi-vers puisse justifier le ayssi versifia. Le choix du vers alexandrin pour la Chanson de geste étant alors assez inusité, on comprend mieux que l’avertissement du jongleur se soit rapporté à cette forme de versification. D’ailleurs, il y a grande apparence que la geste d’Antioche n’avait pas tardé à se plier au dialecte provençal, et c’est peut-être ce texte provençal dont l’auteur des Albigeois aura voulu parler. Le même M. Meyer a retrouvé en Angleterre un second renouvellement de la Chanson d’Antioche, et il en a publié un très-curieux extrait qui serre d’aussi près l’original.