Page:Paris, Paulin - Nouvelle étude sur la Chanson d’Antioche.djvu/18

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uterino Godefrido omnes reditus Turbaysel constituit in frumento, vino, hordeo et oleo, et in auro solum singulis annis quinquaginta millia Bysantiorum.

Voici maintenant le passage de la Chanson d’Antioche où M. Pigeonneau a cru trouver une preuve de la grossière ignorance dont Richart aurait fait preuve, en rapportant à Baudouin, premier comte d’Édesse, ce qui devait appartenir au troisième roi de Jérusalem. Le trouvère avait ainsi raconté les cérémonies du mariage de Baudouin avec la fille du vieux gouverneur d’Édesse :

Volés-vous la costume oïr que je vous die ?
Quant vient en icel jour qu’uns sa fille marie,
La chemise sa femme a li vaslés vestie,
Por çou qu’ele mieus ait le cuer en sa baillie.
De la cit fu li sires de grant ancesserie,
Et Baudoins moult plains de grant chevalerie ;
Li avoirs qu’il i prist lui fist puis maint aïe,
Au siege à Antioche lui rachata la vie.

Cette leçon peut fort bien être celle que Graindor avait dictée, en substituant au me fist ou nous fist texte original le lui fist qu’on vient de lire : il aura commis avec intention cette infidélité, pour éviter de donner le change à son auditoire, en paraissant faire entendre que c’était le jongleur, dont Baudoin aurait racheté la vie. Mais je ne pense pas qu’en présence des textes de Guillaume de Tyr et d’Albert d’Aix, on puisse garder le moindre doute sur le véritable sens des deux vers et sur la restitution qu’ils réclament :

Li avoirs qu’il i prist nous fist puis grant aïe,
Au siege à Antioche nous rachata la vie.

M. Pigeonneau a voulu pourtant en tirer un grand argument contre la véritable date de la Chanson et la présence de Richart au milieu des Croisés :

« Ces deux vers, nous dit-il, n’ont aucun sens, si on les rapporte à Baudouin comte d’Édesse.... Mais en 1123,