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LE LIVRE LATIN DU GRAAL.

leusement dans l’île de Bretagne, avait marié ses parents aux filles des rois de la contrée nouvellement convertis, et était mort après avoir remis le dépôt du vase précieux à Bron, son beau-frère, qui, plus tard, en avait confié la garde à son petit-fils, le Roi pécheur. Le Gradale finissait par la généalogie, ou, comme dit Geoffroy Gaimar, la transcendance des rois bretons, tous issus des compagnons de Joseph d’Arimathie.

Ce livre fut conservé dans la maison religieuse où sans doute il avait été composé ; soit à Salisbury, comme prétend le pseudonyme auteur du livre de Tristan, soit plutôt à Glastonbury, que Joseph avait, dit-on, fondée, où l’on croyait posséder son tombeau, où l’on crut ensuite retrouver celui d’Artus. Mais l’influence que cette œuvre audacieuse devait exercer plus tard sur le mouvement littéraire ne fut pas celle que son auteur en avait attendue. Le clergé breton sentit de bonne heure le danger d’en faire usage, et recula devant les conséquences du schisme qu’elle n’eût pas manqué de provoquer. C’eût été rompre en effet avec l’Église romaine, et révoquer en doute les paroles de l’Évangile, qui font de saint Pierre la pierre angulaire de la nouvelle loi. Demeuré secret, le Graal breton fut, durant trois siècles, oublié ; du moins n’éveilla-t-il