Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/202

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
196
LE SAINT-GRAAL.

souliers ni de vêtements. » Les deux corps furent transportés, l’un à Sarras, l’autre en Orcanie, et devinrent l’objet d’une dévotion que des miracles multipliés ne laissèrent pas ralentir.

Josephe eut ensuite à purifier le roi Mordrain, nouvellement converti, d’une dernière souillure qui avait résisté à l’eau du baptême. Ce prince avait fait depuis longtemps construire dans les parois de sa chambre une cellule réservée à certaine idole féminine dont il était épris. C’était, dit le roman, une image de beauté merveilleuse que le roi habillait lui-même des robes les plus riches. Dès que la reine Saracinthe était levée, il prenait une petite clef qui pénétrait dans une fissure imperceptible de la muraille, atteignait un petit maillet qu’elle écartait pour laisser une grande barre de fer se dresser en permettant d’ouvrir une porte secrète. Le roi tirait alors à lui l’idole et lui faisait partager sa couche. Quand il en avait eu son plaisir, il la faisait rentrer dans sa cellule, la porte se refermait, et sur le maillet retombait la barre de fer qui la rendait impénétrable à tous. Il y avait quinze ans qu’il se complaisait dans cette honteuse habitude, quand un songe dont Josephe lui donna l’explication lui prouva que rien ne pouvait rester caché aux amis de Dieu. Il confessa son crime,