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VOYAGE DE MORDRAIN.

il vit approcher une seconde nef, richement équipée ; les voiles en étaient noires ainsi que tous les agrès ; elle semblait avancer d’elle-même et sans aucun secours. Quant elle eut touché le bord de la roche, une femme se leva, dont la beauté lui parut des plus merveilleuses. Comme il lui eut donné la bienvenue : « Je l’ai, » répondit la belle dame, « puisque je trouve enfin l’homme que je cherchais. Oui, j’ai désiré t’entretenir, Evalac, depuis que je suis au monde. Laisse-moi te conduire, te faire connaître un lieu plus délicieux que tout ce que tu as jamais rêvé. — Grand merci, dame, » répondit Mordrain, « j’ignore comment je suis ici et dans quelle intention ; mais je sais que j’en dois sortir par la volonté de celui qui m’y transporta. — Viens avec moi ; » reprit la dame ; « viens partager tout ce que je possède. — Dame, si riche que vous soyez, vous n’avez pas le pouvoir d’un homme qui passa naguère ici : vous ne pourriez comme lui faire d’un pauvre un riche, d’un insensé un sage. D’ailleurs, sans le signe de la croix, il m’a dit qu’on ne saurait rien faire de bien, et je ne le vois pas sur vos voiles. — Ah ! » reprit la dame, « quelle erreur ! Et tu le sais mieux que personne, puisque tu as éprouvé une infinité d’ennuis et de mécomptes, depuis que tu as pris cette nouvelle créance.