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VOYAGE DE MORDRAIN.

Mordrain de sa rêverie ; il releva la tête, vit les flots s’agiter, une horrible tempête s’élever, et la nef disparaître dans un tourbillon écumeux.

Comme il regrettait de n’avoir pas demandé à cette belle dame qui elle était et d’où elle sortait, il revint sur tout ce qu’elle lui avait dit ; que jamais il n’aurait de joie ni de paix tant qu’il garderait sa créance : il se représenta les richesses, les honneurs et les prospérités qu’il avait longtemps eus, les terreurs, les ennuis qui l’accompagnaient depuis qu’il avait reçu le baptême, si bien que le trouble de son cœur le fit tomber presque en désespérance.

Pour comble d’épouvante, la mer fut battue d’une horrible tempête. Mordrain, dans la crainte d’être submergé par les flots déchaînés, gravit péniblement la roche jusqu’à l’entrée sombre de la caverne. Il voulait y entrer pour se mettre à couvert des vents, de la pluie et des vagues, quand il se sentit arrêté par une force invincible, comme si deux mains l’eussent violemment retenu par les cheveux. La nuit vint, il se crut engouffré dans un abîme sans fond ; à force de souffrir, il cessa de sentir et tomba dans une faiblesse dont il ne revint qu’au retour du jour, quand la mer se fut calmée et que la pluie, la grêle et les vents se furent apaisés. Alors il fit le signe de la croix, s’inclina vers Orient, dans