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L’ÎLE TOURNOYANTE

jette la première pierre. » Puis, un instant après, il ajouta : « Ah ! terre, comment oses-tu accuser la terre ! » Comme s’il eût écrit : « Homme, fait de si vile argile, comment peux-tu punir chez les autres les péchés que tu es si disposé toi-même à commettre ! »

Et vous ne trouverez pas un seul clerc assez téméraire pour dire que Jésus-Christ, tant qu’il fut enveloppé des liens de la chair humaine, ait écrit autre chose. Mais, depuis sa résurrection, il écrivit le Saint-Graal. Grande serait donc la folie qui révoquerait en doute ce qu’on lit dans une histoire tracée de la propre main du Fils de Dieu, quand il eut dépouillé le corps mortel et revêtu la céleste majesté[1].

Nascien, après avoir longtemps examiné les lieux, descendit vers le point où la mer lui semblait plus proche, et, quand il aperçut les flots, il distingua en même temps, dans la plaine liquide, une nef qui arrivait à lui. Plus elle approchait, plus il la voyait grande et somptueuse. Elle parut jeter l’ancre sur le ri-

  1. La hardiesse et la témérité de ces derniers paragraphes sont réellement inconcevables. On ose ainsi placer le Saint-Graal au-dessus des Évangiles, puisque ceux-ci furent seulement écrits sous l’inspiration, et non de la propre main de Jésus-Christ. « Mais, » ajoute ici le prétendu secrétaire de Dieu, « il convient de revenir aux paroles de la véritable histoire, à laquelle ce qu’on vient de lire a été ajouté. »