Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/25

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Oui, nos ancêtres, et j’entends ici parler de toutes les classes de la nation sans préférence des plus élevées aux plus humbles, étaient sensibles au charme de la musique et de la poésie, autant, pour le moins, que nous nous flattons de l’être aujourd’hui. Quel cercle verrions-nous se former maintenant sur les places publiques de Paris, cette capitale des arts et des lettres, autour d’un pauvre acteur qui viendrait réciter ou chanter un poëme de plusieurs milliers de vers, le poëme fût-il de Lamartine ou de Victor Hugo ? Eh bien, ce qui ne serait plus possible aujourd’hui, l’était dans toutes les parties de la France aux temps si décriés (peut-être parce qu’ils sont très-mal connus), de Hugues Capet, de Louis le Gros. Et pour des générations si avides de chants et de vers, il fallait assurément des artistes, jongleurs, musiciens, trouvères et compositeurs, d’une certaine habileté, d’une certaine éducation littéraire. Qu’ils aient ignoré le grec, qu’ils n’aient pas été de grands latinistes, qu’ils se soient dispensés fréquemment de savoir écrire et même lire, je l’accorde. Mais leur mémoire ne

    me souviens d’avoir vu, en 1814, des régiments, des hordes de cosaques marcher sur des chevaux non sellés, la lance au poing, et précédés de plusieurs rangs de chanteurs qui, sans instruments, produisaient les plus grands effets.