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LE SAINT-GRAAL.

croiser et attaquer la nôtre. Le combat fut long et des plus acharnés, mais il fallut céder au nombre ; mon oncle mourut les armes à la main : ceux qui l’accompagnaient eurent le même sort ; c’est eux dont les corps sont étendus devant vous. Par une sorte de compassion pour ma jeunesse, la vie que j’aurais tant désiré perdre me fut laissée. C’est à vous de voir s’il ne conviendrait pas mieux de me faire mourir. »

Les messagers furent touchés de ce récit, mais résolurent de profiter de la nef pour continuer leur quête. Ils demandèrent à la fille du roi Label s’il lui conviendrait de les accompagner. La demoiselle répondit que, s’ils s’engageaient à ne pas lui faire de honte, elle les suivrait volontiers partout où il leur plairait d’aller. Leur premier soin fut d’aviser au moyen de débarrasser la nef de tous les cadavres, et de les mettre à l’abri de la dent des ours et des lions. Aidés par les gens du pays, ils creusèrent une large fosse où furent déposés les deux cents corps ; on les recouvrit d’une large pierre avec cette inscription : Ci-gisent les gens de Label, tués par ceux de Tarse ; les messagers en quête de Nascien les ensevelirent par un pieux respect de leur humanité[1]. Ils gar-

  1. « Par pitiet d’umaine semblance » (f° 143 v°).