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HISTOIRE D’IPOCRAS.

citoyens eût perdu son enfant. Une demoiselle descendait alors les degrés du palais ; il l’arrête par le giron et la prie de lui apprendre la cause d’une si grande douleur : « C’est, » lui répond cette demoiselle, « que Gaius, le neveu de l’empereur, est en ce moment mort ou peu s’en faut. L’empereur n’a pas d’autre héritier, et Rome fait à sa mort la plus grande perte du monde, car c’était un très-bon et très-beau jeune homme, bien enseigné, large aumônier envers les pauvres gens, humble et doux envers tout le monde. — Où est le corps ? » demanda Ipocras. — « Dans la salle de l’empereur. »

Si l’âme, pensa Ipocras, n’est pas encore partie, je saurai bien la faire demeurer. Il monte les degrés du palais, et trouve à l’entrée de la chambre une foule qui ne semblait pas permettre de passer outre. Toutefois il rejette en arrière le capuchon de son manteau, enfonce son chapeau « de bonnet[1], » pousse et se glisse tellement entre les uns et les autres qu’il arrive au lit du jeune Gaius. Il le regarde, pose sa main sur la poitrine, sur les tempes, puis sur le bras à l’endroit du pouls : « Je demande, » dit-il, « à parler à l’empereur. »

  1. « Son chapel de bonnet. » Ms. 2455, f° 145. Le bonnet était, je crois, la bourre de soie ; nous avons plus tard transporté à la coiffure le nom du tissu.