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LE SAINT-GRAAL.

L’empereur arrive : « Sire, que me donnerez-vous si je vous rends votre neveu sain et guéri ? — Tout ce que vous demanderez. Vous serez à jamais mon ami, mon maître. — En prenez-vous l’engagement ? — Oui, sauf mon honneur. — Oh ! quant à votre honneur, » répond Ipocras, « vous n’avez rien à craindre, je le tiens plus cher que tout votre empire. »

Alors il tira de son aumônière une herbe qu’il détrempa dans la liqueur d’une fiole qu’il portait toujours sur lui ; puis, faisant ouvrir les fenêtres, il desserra les dents de Gaius avec son petit canivet, et fit pénétrer dans la bouche tout ce qu’il put de son breuvage. Aussitôt l’enfant commence à se plaindre et entr’ouvre les yeux ; il demande à voix basse où il était. Qu’on juge de la joie de l’empereur ! Chacun des jours suivants, Gaius sentit la douleur diminuer et les forces revenir, si bien qu’au bout d’un mois il fut aussi sain, aussi bien portant qu’il eût jamais été.

Dès ce moment on ne parla plus que d’Ipocras dans Rome ; tous les malades venaient à lui et s’en retournaient guéris. Il parcourut les environs de Rome et conquit ainsi l’amour et la reconnaissance de tous ceux qui réclamèrent son secours. Il ne demandait jamais de salaire, mais on le comblait de présents, si bien qu’il devint très-riche. Ce fut en vain que