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LE SAINT-GRAAL.

Le roi s’arma, monta à cheval, passa le pont du château et atteignit le Rond-Pin, où il attendit jusqu’à l’heure de prime. Alors arrivèrent douze chevaliers entièrement armés, à l’exception des lances ; car, dans tous les temps, on en trouvait sous le Pin un grand choix, comme dans l’endroit le plus ordinairement choisi pour les joutes, les tournois et les combats. Dès que les chevaux eurent repris haleine, chacun d’eux saisit un glaive à sa convenance, et, de son côté, le roi, s’étant mis en mesure, attendit le premier chevalier et l’abattit à la première course. Le second se présente et va rejoindre le premier ; ainsi des dix autres dont le roi fut assez mécontent de demeurer vainqueur ; car, tout vaillant et vigoureux qu’il fut, il savait que le roi d’Irlande était encore meilleur champion. S’adressant alors aux chevaliers désarçonnés : « Seigneurs, » dit-il, « reprenez vos chevaux, vous êtes pourtant mes prisonniers et je pourrais disposer de vous comme je l’entends. Allez trouver le roi Orcan, et rendez-vous à lui. Il saura qui je suis, en apprenant que je vous ai vaincus ; car nous avons fait de compagnie maintes besognes. »

Le roi, après qu’ils furent éloignés, entra, pour ne pas être reconnu, dans la forêt voisine ; et, la nuit, venue, il retourna au château, traversa le jardin et gagna le pied de la tour où