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AVENTURES DE PIERRE.

l’attendait le sénéchal. Quand on l’eut désarmé, il se mit au lit et fit entrer les barons, qui lui demandèrent comment il se portait : « Toujours assez mal, » répondit-il, « mais j’espère en guérir ; ne soyez pas inquiets, et continuez à faire belle chère. »

Le lendemain il donna audience. Les chevaliers vaincus vinrent confesser leur mésaventure et se mirent en sa prison. — « Oui, » leur dit le roi, « je devine quel est ce chevalier. Et j’ai honte pour vous d’apprendre qu’un seul homme vous ait vaincus. D’autres, je l’espère, se présenteront et soutiendront mieux l’honneur de ma chevalerie. » Mais le bruit de la défaite des douze chevaliers, cités comme les plus braves de la terre d’Orcan, détourna les autres de tenter l’aventure ; si bien que chaque jour le roi, qu’on croyait malade, sortait de grand matin et revenait le soir, sans avoir combattu et sans que personne devinât quel était le chevalier du Rond-Pin.

La nouvelle de ces défis et de la victoire du vassal irlandais arriva jusqu’aux oreilles de Pierre, qui depuis sa guérison vivait secrètement logé dans les chambres de la fille du roi. « Qu’avez-vous ? » lui dit un jour la demoiselle, « vous êtes plus pensif qu’à l’ordinaire. N’y aurait-il aucun moyen de vous mettre le